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Deux vies contre une

Comment deux scouts périrent pour "sauver leur prochain".

Le scout est fait pour servir et sauver son prochain.

Le jeudi 17 juillet, la troupe scoute de Fada N’Gounma venait d’arriver près de Niamey sur les bords du Niger. Tous les garçons étaient heureux à la pensée de ces quinze jours de grand camp dans un cadre pittoresque qu’ils voyaient pour la première fois.
Avant de commencer les installations de Patrouille dans le bois mis à leur disposition, un bon bain, pensent-ils, fera disparaître la fatigue et la poussière de 300 kilomètres en camion. On nous affirme que le coin est sans danger. Et de fait plusieurs enfants du pays se baignent déjà à cet endroit. Nos garçons traversent en marchant le fleuve, ils n’ont de l’eau que jusqu’à la ceinture. Plusieurs qui savent nager trouvent agréable de se laisser porter par le courant. Personne ne se doute qu’à 30 mètres de là, est un endroit fort dangereux à cause de la profondeur et des remous. Insensiblement, 5 ou 6 garçons dérivent dans cette direction. Quelques-uns s’en aperçoivent à temps et avec l’aide du chef qui se baigne avec eux peuvent regagner la rive non sans difficulté.

Malheureusement, l’un d’entre eux était déjà trop loin. Un camarade essai de le retenir. Mais le courant est trop fort. Affolé, il appelle, crie au secours et c’est alors que, malgré le danger, le chef de troupe, Aloys Lankoandé, partit aussitôt dans sa direction avec un grand de la troupe, Michel Pallo. Tous deux étaient bons nageurs. Le chef Aloys réussit à atteindre le garçon. Il le remorqua sur 5 ou 6 mètres. Mais n’en pouvant plus, il dût le lâcher. Et c’est en essayant de regagner une île dans le fleuve pour se reposer qu’il fut happé dans un remous et coula à pic. Il eût le courage et la présence d’esprit de crier au frère Edouard qui s’apprêtait à le rejoindre : " Frère, pas par ici, c’est trop dangereux. " Michel après avoir lutté désespérément contre le courant, disparut à son tour dans un tourbillon. Un autre sauveteur, Fidèle Lankaodé, celui qui avait au début essayé de retenir son camarade, se risqua de nouveau. Il réussit à le soutenir jusqu’à l’arrivée de la pirogue qui les prit tous les deux. En vain, on chercha les deux autres. Leurs corps ne furent retrouvés que le lendemain matin.

Le chef Aloys, 25 ans, était originaire du canton de Bilanga, moniteur à la mission, marié et père de deux enfants : Michel Pallo, 17 ans, originaire de Fada N’Gourma, étudiant à l’Ecole normale de Ouahigouya. " Ce n’est qu’un au-revoir, mes frères. " C’est ce que nous avons chanté sur les tombes d’Aloys et Michel. Ils sont partis rejoindre ces centaines de scouts qui sont morts parce qu’ils ont été fidèles au 3e article de leur loi : " Le Scout est fait pour Servir et Sauver son prochain. "

Notre douleur est profonde, car nous les aimions… Mais nous croyons aussi à la valeur du sacrifice, et plus que jamais nous mettons notre espoir en cette jeunesse d’Afrique, capable d’un tel héroïsme.


Père CHANTOUX, Aumônier scout, 1952.